Jeudi 22 mars 2007
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13:30
Je suis né à Tahiti d’une famille de gros travailleurs mais
moi je suis fainéant je quitte l’école à 13 ans.
Je commence à faire des petits boulots de manutentionnaire, livreur, jusqu'à l’âge de 19 ans où j’ai envie de
bouger, d’aller voir plus loin que mon île. C’est pour cela que je m’engage dans la marine pour rejoindre la France.
Au bout de 3 ans, comme je ne tiens pas toujours mes engagements professionnels, l’armée ne renouvelle pas mon
contrat.
J’ai envie de rester en France, j’aime ce pays alors je navigue de petits boulots en petits boulots,
principalement dans la maçonnerie.
A cette époque je me marie, nous avons deux magnifiques garçons.
Toujours aussi fainéant, je ne vais pas toujours au boulot, je bois, je fais des bêtises
alors ma femme fini part me dire « je m’occupe des enfants et toi tu pars ». Un collègue m’héberge pendant quelques temps, je travaille à droite à gauche et je
m’arrange avec lui pour le loyer. Mais ce système ne dure qu’un temps et je me retrouve à dormir dans la rue. Une assistante sociale s’occupe de moi et me fait connaître
Jéricho. Là-bas ils m’aident, me font une domiciliation pour que je puisse toucher le
R.M.I.
Un collègue (Dédé) me parle du jardin. Je viens faire un essai, le travail me plaît tout de suite. C’est
quelque chose à ma portée, qui me convient. J’aime toucher la terre, ça me rappelle quand j’étais plus jeune, je le faisais à Tahiti.
Mes enfants sont grands maintenant. L’aîné a 28 ans, il est marin pompier. Le second est encore à l’école mais
il souhaite prendre le même chemin que son frère. Ils me rendent très fier. Ce sont eux qui me donnent des nouvelles de ma famille de Tahiti moi j’ai honte de téléphoner tout est trop différent
là-bas ils ne peuvent pas comprendre mon divorce, ma vie…
Je voudrais y retourner pour mon père et mes frères restés là-bas.
* Les Amis de Jericho Association d’accueil de jour sur Toulon
Grâce au jardin je me sens « poussé », je ne suis pas seul, j’ai des comptes à rendre alors je fais
moins de bêtises. Je me tiens à mon travail et Claude me dit que je ne suis pas fainéant.
En 2006 j’ai pu rentrer dans un logement qu’un gars du jardin avait quitté. Maintenant je suis content je ne
suis plus obligé de dormir dehors. Je me lève le matin pour aller travailler. A midi, quand Jean-Michel me ramène, je mange à Jéricho, mes copains sont là, puis je rentre retrouver ma copine à la
maison avec les légumes du jardin ou la banque alimentaire. Je sens que j’évolue même si j’ai encore du chemin à faire. Maintenant c’est moi qui parle du jardin aux autres quand je vois un gars à qui ça pourrait faire du bien.
Grâce à l’équipe j’ai fait des choses que je n’aurais jamais pensé faire comme aller à Monaco, à
Marineland ou faire du Kart.