Jeudi 20 mars 2008

En 1989, j’ai 47 ans, mes enfants élevés, une situation familiale perturbée, j’éprouve le besoin de me tourner vers des gens en difficultés, de reprendre une activité salariée.

 

C’est à ce moment-là que le gouvernement met en place l’allocation du RMI.

5 personnes créent une association « les ateliers de paix » ayant comme support un atelier de maraîchage. Ils montent un dossier de subvention au Conseil Général, elle est accordée.

Le but est de permettre à des personnes en grande précarité de se réinsérer dans la vie sociale. Le budget est là, mais reste à trouver l’encadrant, on me propose le poste, j’accepte sans bien savoir…

 

Pour moi, rien n’est évident : mes doutes en termes de compétences maraîchères, un public auquel je ne suis pas préparée.

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Le jardin se situe à la Pauline, un quartier excentré de la Garde, il fait 2500 m2. Les débuts sont difficiles, les voisins hostiles à notre installation, mais très vite leur attitude change dans le bon sens, on me propose même une parcelle de 5 000 m2 pour agrandir.

 

Les ateliers créés en relation aux dispositifs RMI sont peu connus des assistantes sociales, aussi, aucun allocataire n’est orienté vers le jardin.

 

En février 90, avec des amis, je commence par planter les premières pommes-de-terre. Il faut attendre 6 mois pour voir arriver 1, 3, 5 puis 8 bénéficiaires.

Les conditions sont rudes, pas de toilettes, pas d’abri, pas de matériel, j’utilise mes outils, transportant le tout avec mon véhicule qui me sert aussi de bureau !

 

Juin 90, le jardin commence à être connu. Je passe donc de 8 puis à 10 personnes accueillies, en parallèle, le Conseil Général augmente les subventions.

Les conditions matérielles sont toujours aussi précaires, néanmoins j’obtiens l’aide d’un objecteur de conscience, avant son arrivée j’avais oublié que les congés existaient.

 

Au fil des années les objecteurs se succèdent, pas toujours facile…

Mais en 99, ils sont remplacés par un contrat jeune en la personne de Laurent Mistral toujours en poste aujourd’hui.

 

Après 9 ans, pour des convenances personnelles, l’agriculteur reprend sa terre.

Retrouver un terrain n’est pas facile, enfin après 6 mois de recherches actives un propriétaire nous propose 1 hectare de belle terre maraîchère à la Moutonne.

 

Un algéco de chantier améliore les conditions, mais problème, nous nous trouvons loin de tout transport en commun. Un véhicule et un chauffeur sont indispensables. Le Conseil Général nous permet de faire un leasing et d’engager une personne en contrat aidé. Je n’ai pas la maîtrise de la gestion et les conditions financières deviennent impossibles. L’organisation de l’association ne me convient pas, aussi lors d’une assemblée générale je fais en sorte qu’un nouveau conseil d’administration émerge. Tous ensemble, nous mettons en place de nouvelles orientations.

Dans le même temps, la rencontre avec la fondation des brasseries Kronenbourg me permet d’envisager les choses autrement. Leur aide financière nous donne la possibilité de prévoir une structure immobilière qui sera notre premier chalet.

 

A partir de ce moment-là je cherche et trouve d’autres financeurs. Cela va changer fondamentalement le fonctionnement de l’association.

 

Grâce aux subventions du Conseil Régional nous recevons 10 personnes supplémentaires d’un public différent (chômeurs, handicapés, jeunes, etc…), dans le même temps le Conseil Général augmente nos capacités d’accueil à 15 usagers.

 

A nouveau, nous sommes dans l’obligation de changer de lieu. Je commence mes recherches sur la commune du Pradet, pas facile…

Une information importante m’est apportée par une élue : la mairie du Pradet, propriétaire d’un terrain est dans l’impossibilité d’y réaliser le stade initialement prévu. La raison de la présence de plantes endémiques en est la cause.

A ce moment-là tout s’accélère.

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Ce fut pour nous l’occasion de louer à la municipalité ce bois, qui après défrichage se voit transformé en 2 hectares de culture plus 1 hectare réservé à la sauvegarde des plantes protégées.

 

La structure de l’association se compose maintenant d’un conseil d’administration de 15 membres, 7 salariés. Nous accueillons 35 personnes en réinsertion.

N’oublions pas de signaler que depuis 2003, 850 familles ont adhéré à l’association.

 

Nos budgets d’investissements nous ont permis de réaliser 3 chalets, 1 plan d’eau paysager, 1 bassin de rétention d’eau, des sanitaires avec douche, 1 chambre froide, d'acquérir 1 tracteur et d'accomplir de nombreux autres aménagements, sans oublier la plantation d’un verger d’une centaine d’arbres, un animalier pour le bonheur des jardiniers et des enfants, un jardin pédagogique.

 

Je prends ma retraite en ayant le plaisir et la satisfaction de transmettre un atelier en plein essor et surtout sans aucune inquiétude pour les années futures, Caroline Benning me succède pour la direction, elle travaille avec nous depuis 4 ans, je lui fais entièrement confiance.

 

Donc un grand merci à tous ces hommes et femmes que j’ai côtoyés ou accompagnés au long de ces années. Merci à toutes les personnes de mon C.A. qui m’ont fait confiance, aux salariés avec qui j’ai eu un grand plaisir à travailler, à vous tous adhérents avec qui s’opère un échange.

Ce travail avec les jardiniers m’a beaucoup « ameublie », je n’aurais jamais imaginé qu’il m’apporte autant, disons qu’il m’a permis « de cultiver mon jardin », un dur labeur qui m’a permis un réel enrichissement personnel !

Je profiterai de l’assemblée générale du 28 mars pour vous faire mes adieux.    Claude
Par Jardin de Pauline - Publié dans : Evenements
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