PASCAL
Brestois d'origine, Pascal
, 42 ans, arrivé à Toulon il y a tout juste 9 mois, est sur le Jardin depuis fin octobre 2004.
"J'ai commencé à travailler dès l'âge de 14ans, comme garçon boucher et je suis resté chez le même patron pendant 6 ans. Puis j'ai quitté ma famille pour aller vivre chez les Emmaüs de Brest, sur les conseils d'une amie. Cette expérience de vie communautaire durera 20 ans, pendant lesquels j'exercerai le métier de cuistot au sein des Emmaüs.
A une époque, j'étais venu faire un stage aux Emmaüs de la Seyne et j'avais apprécié le coin. Aussi, plusieurs années plus tard, quand j'ai ressenti la nécessité de quitter Brest pour échapper à l'emprise familiale ( ma mère et mes soeurs me prenaient presque tout mon salaire), j'ai tout naturellement choisi de venir à Toulon"
Juin 2004, en descendant du train, je me fais voler mon sac à la gare de Toulon, avec mon argent, mes affaires et mes papiers. Sans ressources ni connaissances, je me retrouve à la rue car, à cette époque de l'année, les foyers affichent complets.
Je reste ainsi 3 mois dehors avant de pouvoir intégrer un foyer d'accueil. Ces 3 mois me font plonger dans l'univers de l'alcool: ainsi en 15 jours, je passe d'une consommation plus que modérée ( je ne buvais quasiment pas ) à une consommation plus qu'excessive, allant jusqu'à boire plusieurs litres par jour ( bière, vin, whisky), et aisant la manche pour payer la boisson. C'est la dégringolade sociale et sanitaire, je n'ai plus d'hygiène, je me lave et ne m'alimente presque plus.....
En septembre, les places se libèrent et je rentre en foyer d'accueil à la Coquette; paradoxalement ça aggrave la situation, du fait de l'ambiance déplorable et dela promiscuité avec une population alcoolique et sans hygiène. Sans soutien, au lieu de réagir, tu t'enfonces encore plus. J'y reste 1 mois, puis je craque et je retourne dehors...
Par l'intermédiaire du 115 je m'informe et je découvre un réseau social, les amis de Jéricho, et l'assistant social Stéphane qui va beaucoup m'aider, notament au niveau administratif.
Un jour, un ami que j'avais connu à Jéricho me parle de Georges, un autre gars de Jéricho, qui travaille au Jardin de Pauline. J'ai tout de suite pensé que c'était une bonne idée pour m'occuper au lieu de traîner à ne rien faire.
Il m'emmène visiter le jardin, et ça m'a plu, le contact avec la nature, l'obligation de se lever le matin, se bouger,avoir une activité physique en plein air, et je me dis que ca va m'aider à oublier la rue et l'alcool.
Une semaine après, j'avais une place dans un meilleur foyer, la Maison Saint Louis : je suis logé à 2 dans une chambre et je participe à l'entretien du foyer.
Dans la foulée, j'ai pu intégrer le Jardin de Pauline pour y venir travailler tous les jours.
Deux bons mois plus tard, juste après Noël, je bascule de nouveau. Le jardin est fermé pour 3 semaines, je m'ennuie à ne rien faire, et un soir, je pète vraiement les plombs et je quitte le foyer pour retourner à la rue.
Pendant 3 jours, je ne fais rien que me saouler la gueule, jusqu'à ce qu'un déclic me fasse réagir. Je retourne à la Maison Saint Louis voir le directeur et demander à ce que je puisse suivre une cure de désintoxication.
Je dois préciser que l'exemple de 2 gars du Jardin, ex-alcooliques aujourd'hui sevrés, m'a aidé et encouragé à prendre cette decision.
A ce moment-là, j'ai donc décidé d'arrêter de boire, suivi tous les jours par mon médecin traitant.
Trois semaines plus tard, j'étais accepté à Marseille dans un centre médical spécialisé où j'étais vivement attendu.
Depuis, je fais partie d'un groupe de paroles à la Crau ( Alcool Assistance : aide et accompagnement des personnes en difficulté avec l'alcool, et de leurs entourages).
Ce que j'attends maintenant, c'est de pouvoir sortir des systèmes de foyer, avoir mon logement, tout en restant au Jardin pour le moment. Plus tard, j'espère pouvoir travailler dans la restauration, car j'aime vraiment cuisiner.
En ce qui concerne l'activité au Jardin, j'apprécie qu'il y ait une certaine discipline et des règles de vie à observer ( respect des autres,...).
C'est agréable d'être en plein air, au contact de la nature, et j'ai appris les techniques de maraîchage, car je ne connaissais rien aux cultures.
Le Jardin m'a permis aussi de me lever le matin, avec un but, un objectif.
Ici, l'ambiance est bonne, je me sens bien sur le Jardin. Je me suis fait des amis , je me sens reconnu, j'ai une place. Pendant mon séjour de cure, j'ai été touché de recevoir une lettre signée de tous les collègues du jardin.
Je me sens soutenu dans ma démarche de désintoxication, j'en ai besoin et ça m'aide.