NOELLE
Mère de 4 enfants de 4 à 15 ans, ex-Parisienne, Noëlle, est arrivée au Jardin en Avril 2004. Elle a bien voulu retracer pour nous son parcours :
« J’ai vécu pendant 17 ans avec mon conjoint, le père de mes 4 enfants.
J’ai occupé divers emplois et notamment été auxiliaire de vie en maison de retraite pendant 7 ans. Puis, nous avons acheté une fermette dans le Loiret, où nous avons vécu pendant 5 ans. J’ai pu développer un élevage canin, c’est ma passion, tandis que mon compagnon était routier.
Nous avons décidé de vendre pour venir dans le Sud et continuer l’élevage canin, mon conjoint étant en formation de car-tourisme. Nous nous sommes alors installés à Eden-Park, au Castellet, dans un mobil-home avec nos 3 enfants et nos chiens. J’étais heureuse dans cette pinède, mes enfants profitaient de l’espace, et leur père les accompagnait le matin à l’école.
Je ne me suis pas du tout aperçue d’un changement dans l’attitude de mon conjoint, toute occupée à mes devoirs de mère et d’éleveur canin. Toujours est-il qu’il est parti avec ma meilleure amie, abandonnant ses enfants et rompant tout contact du jour au lendemain. Je me retrouve ainsi complètement désemparée, le cœur brisé, sans revenu. N’ayant ni véhicule ni permis de conduire, notre isolement pose un gros problème pour la scolarité des enfants (5, 6 et 10 ans) car il n’y a pas de ramassage scolaire.
Soutenue par la directrice de l’école du village (Le Brulat), j’ai heureusement pu obtenir très rapidement un logement social à La Beaucaire, sinon les enfants devaient être placés pour pouvoir continuer une scolarité normale, compte tenu de l’isolement du logement. La condition pour pouvoir bénéficier de l’appartement est de se débarrasser des chiens, ce qui signifie arrêter l’élevage.
Courant 2000 je m’installe donc à La Beaucaire avec mes 3 enfants et tente de m’adapter à cette nouvelle vie « citadine ». En fait, je n’y parviendrai pas : en plus de cette accumulation de faits (départ du conjoint, trahison, tromperie et abandon, plus l’arrêt de l’élevage qui était ma passion, plus le changement d’environnement de la campagne à la cité HLM), je découvre que je suis enceinte de 3 mois ½, trop tard pour avorter. C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase, je sombre alors dans la déprime et j’abuse des cachets anti-dépresseurs et des somnifères, à tel point que je me retrouve à l’hôpital, après une tentative de suicide. Mes enfants sont alors placés, ensemble, pendant 1 an, au Centre Départemental de l’Enfance au Pradet. Je suis alors complètement déconnectée du réel et mon fils m’en veut encore de les avoir à mon tour abandonnés. Quand je les récupère, 3 mois après avoir accouché, je suis encore sous traitement anti-dépressif et mes 3 enfants m’en veulent pour cette souffrance que bien malgré moi je leur ai infligée.
Peu à peu, grâce à mes 4 enfants, malgré les contraintes, je reprends goût à la vie et reconstruis les liens avec eux. Mais je rencontre beaucoup de difficultés et suis suivie par les services sociaux. Avec mon fils aîné, les choses s’aggravent, il plonge dans la délinquance, à un point tel que je finis par baisser les bras, impuissante à le ramener moi-même, seule, dans le droit chemin. Heureusement, avec mes 3 filles ça se passe beaucoup mieux.
Début 2004, mon assistante sociale, connaissant mon fort penchant pour les choses de la nature, m’oriente sur le Jardin de Pauline que j’intègre au mois d’avril. Cela va m’aider à sortir de mon isolement, car, vu la situation familiale et le rejet dont je suis l’objet dans ma cité, je ne fréquentais plus personne.
Ici, je m’ouvre aux autres et je retrouve ma vraie nature, c’est-à-dire tournée vers les autres, gaie, volontaire, active, et j’efface les choses négatives en moi. La reprise d’une activité physique et cérébrale me fait du bien : la tenue du stand de vente et le contact avec les adhérents m’aide à m’ouvrir, à faire fonctionner mes « neurones » et ne plus être sur la défensive, voire agressive.
Je viens tous les jours et j’apprécie de pouvoir « mixer » l’activité entre la vente auprès des adhérents et le travail de maraîchage en équipe avec les autres jardiniers ; il y a notamment certains gars avec qui je m’entends très bien.
L’activité au jardin me correspond car j’aime profondément la nature, la terre, l’espace et le grand air. Mes filles aiment bien y venir, elles se sentent ici comme en famille et j’ai aussi regagné à leurs yeux une image plus valorisante.
En fait, avec le Jardin, j’ai retrouvé en quelque sorte l’humanité, ça m’a permis de croire de nouveau dans les gens. Je me suis défocalisée de mes problèmes et je retrouve confiance en moi.
Il faut souligner que le personnel qui s’occupe du jardin est formidable : ils sont motivés, aiment ce qu’ils font, ça se sent et ça nous dynamise, tout le monde s’investit et il y a des résultats.
Par ailleurs, mes projets se précisent : j’envisage de quitter Toulon cet été pour partir à Cavaillon, où je pourrais obtenir un emploi dans un verger, et vivre avec mes enfants à la campagne, entourée d’animaux.